Diaboulimie : le trouble alimentaire silencieux qui touche les ados DT1
La diaboulimie est un trouble du comportement alimentaire spécifique au diabète de type 1. 30% des jeunes femmes DT1 seraient touchées. Signes d'alerte, risques et comment en parler avec votre enfant.
Diaboulimie : le trouble alimentaire silencieux qui touche les ados DT1
En bref : La diaboulimie touche 10 à 40% des adolescentes DT1. Elle consiste à réduire ou omettre volontairement l'insuline pour perdre du poids. C'est le trouble alimentaire le plus dangereux avec un risque de décès 3 fois supérieur. Les signes d'alerte : HbA1c élevée inexpliquée, perte de poids rapide, hospitalisations répétées pour acidocétose. Le rétablissement est possible avec une prise en charge adaptée.
Récemment, dans notre groupe WhatsApp d'entraide pour les parents d'enfants DT1, une maman nous a partagé son inquiétude :
"Je suis super inquiète après un appel de la diabéto de mon fils de 17 ans. Mon fils ne suit pas super bien son diabète, 9 en hémoglobine, mais surtout il ne mange qu'une fois par jour ! Il a voulu maigrir suite à des moqueries..."
Cette situation, malheureusement, n'est pas isolée. Elle illustre un trouble méconnu mais grave : la diaboulimie.
Qu'est-ce que la diaboulimie ?
La diaboulimie (contraction de "diabète" et "boulimie") est un terme non officiel désignant un trouble du comportement alimentaire spécifique aux personnes atteintes de diabète de type 1.
Elle se caractérise par l'omission volontaire des injections d'insuline ou le sous-dosage délibéré dans le but de perdre du poids.
Comment ça "fonctionne" ?
Sans insuline suffisante :
- Le glucose ne peut pas être utilisé par les cellules
- Il est éliminé par les urines
- Le corps perd des calories sans les assimiler
- Résultat : perte de poids rapide
C'est une "solution" terriblement efficace à court terme... mais aux conséquences dévastatrices.
⚠️ Attention : Bien que non reconnue officiellement dans le DSM-V, la diaboulimie est considérée par les experts comme le trouble alimentaire le plus dangereux.
Des chiffres qui font froid dans le dos
Prévalence
- 10 à 40% des adolescentes et jeunes femmes DT1 seraient touchées en France
- 30-39% des jeunes femmes (12-18 ans) présentent des comportements alimentaires à risque
- 10% des garçons adolescents sont également concernés (vs 4% en population générale)
- Les jeunes femmes sont 2 fois plus à risque que leurs pairs sans diabète
Mortalité
Les chiffres sont alarmants :
- Risque de décès 3 fois supérieur par rapport aux personnes DT1 qui suivent leur traitement
- 17 fois plus de risque de décès qu'avec le diabète de type 1 seul
- 7 fois plus de risque qu'avec l'anorexie seule
- Espérance de vie réduite de 13 ans en moyenne
Pourquoi les ados DT1 sont-ils vulnérables ?
La prise de poids liée à l'insuline
C'est un fait : l'insulinothérapie peut entraîner une prise de poids. L'étude DCCT a montré une prise moyenne de 4,8 kg avec un traitement intensif.
Pour un adolescent déjà fragile sur son image corporelle, cette réalité peut être difficile à accepter.
La charge mentale du diabète
Gérer son diabète au quotidien implique :
- Compter les glucides à chaque repas
- Se piquer plusieurs fois par jour
- Surveiller constamment sa glycémie
- Justifier ses choix alimentaires
Cette hyper-focalisation sur l'alimentation peut favoriser le développement d'un rapport malsain à la nourriture.
La pression sociale et les moqueries
Comme nous l'a confié une maman de notre communauté :
"Les moqueries c'est pire que tout ! Mon fils a voulu maigrir suite à ça..."
L'adolescence est déjà une période délicate. Ajouter le poids du diabète et les regards des autres peut pousser certains jeunes vers des comportements dangereux.
Les signes d'alerte : ce que les parents doivent surveiller
Signes physiques
- Perte de poids rapide et inexpliquée
- HbA1c élevée (> 9%) malgré un suivi apparemment correct
- Hospitalisations répétées pour acidocétose diabétique
- Soif excessive et mictions fréquentes
- Fatigue chronique
- Infections récurrentes
- Vision floue
Signes comportementaux
- Irrégularité du suivi médical (annulation de rendez-vous)
- Réticence à être pesé(e)
- Déséquilibre glycémique inexpliqué
- Manger peu ou des aliments peu caloriques
- Manger en secret ou sauter des repas
- Exercice physique excessif
- Aménorrhée chez les filles
Profil psychologique à risque
- Faible estime de soi
- Insatisfaction corporelle
- Perfectionnisme
- Dépression ou anxiété
- Antécédents familiaux de troubles alimentaires
- Peur intense de la prise de poids
💡 Bon à savoir : Les experts recommandent un dépistage autour de 13,6 ans, particulièrement si le diabète dure depuis plus de 5 ans et/ou si l'HbA1c est > 7,5%.
Les conséquences sur la santé
À court terme (urgences vitales)
L'acidocétose diabétique (ACD) est l'urgence la plus fréquente :
- Nausées et vomissements (70% des cas)
- Douleurs abdominales
- Déshydratation sévère
- Essoufflement
- Risque de coma diabétique
À long terme (complications irréversibles)
- Rétinopathie diabétique → risque de cécité
- Néphropathie → insuffisance rénale, dialyse
- Neuropathie → dommages nerveux aux mains et pieds
- Maladies cardiovasculaires
- AVC
- Retard pubertaire
Une réduction d'un seul point d'HbA1c diminue significativement ces risques. À l'inverse, un HbA1c chroniquement > 8% endommage progressivement tous les organes.
Comment en parler avec son enfant ?
Ce qu'il faut faire
✅ Laisser la pression de côté : offrir de la compassion, pas des reproches
✅ Créer un dialogue, pas un monologue : permettre à l'ado d'explorer le sujet à son rythme
✅ Éviter les expressions de déception, colère ou tristesse
✅ Être présent et vigilant sans être intrusif
✅ Ne pas blâmer : comme pour le diabète, ce n'est pas de leur faute (ni de la vôtre)
✅ Poser des questions non-jugeantes sur leurs perceptions du poids et de l'image corporelle
Ce qu'il faut éviter
❌ Parler du poids de manière insensible
❌ Juger ou critiquer
❌ Se focaliser sur l'apparence physique
❌ Minimiser leurs préoccupations
❌ Ignorer les signes d'alerte
Un message de notre communauté
Une maman de notre groupe WhatsApp résume bien la situation :
"L'adolescence est la période la plus difficile pour cette maladie. Déjà quand tout va bien elle n'est pas évidente. C'est pas facile de les accompagner non plus, on est un peu perdus. Courage et j'espère que votre fils va réussir à passer ce cap."
Le traitement : une approche multidisciplinaire
L'équipe de soins nécessaire
- Diabétologue/endocrinologue
- Psychiatre ou psychologue (spécialisé TCA idéalement)
- Diététicien-nutritionniste
- Médecin traitant
- Équipe infirmière spécialisée
Les thérapies efficaces
Thérapie cognitivo-comportementale (TCC) : pour modifier les schémas de pensée problématiques
Thérapie familiale (FBT) : traitement de première ligne pour les adolescents
- 2 fois plus efficace que la psychothérapie individuelle
- Les parents deviennent agents de changement
- 3 phases : restauration, autonomie progressive, développement identité saine
Les niveaux de soins
Selon la gravité :
- Hospitalisation (si danger vital)
- Traitement résidentiel
- Hospitalisation partielle
- Programme ambulatoire intensif
- Soins ambulatoires standard
L'outil de dépistage : questionnaire DEPS-R
Le Diabetes Eating Problem Survey - Revised est l'outil validé pour détecter les troubles alimentaires chez les DT1 :
- 16 questions sur échelle de 0 à 5
- Score ≥ 20 = évaluation TCA recommandée
- 82% de taux d'identification des troubles
- Peut être demandé à l'équipe diabéto
Témoignage : le chemin vers la guérison
Juliette, diagnostiquée DT1 à 16 ans, témoigne :
"J'ai mené une double vie, une vie de mensonges, d'excès, de culpabilité et de solitude. Mettre des mots sur ma souffrance - apprendre que ça s'appelait 'diaboulimie' - a été un électrochoc. Il m'a fallu une décennie de psychothérapie, mais aujourd'hui je vis bien avec mon diabète."
Le message d'espoir : le rétablissement est possible. Une personne en rémission témoigne que l'effort pour rester sur le chemin du rétablissement est aujourd'hui "d'environ 2 sur une échelle de 10".
Ressources et contacts utiles
Lignes d'écoute TCA
Anorexie Boulimie Info Écoute (FFAB)
- 📞 09 69 325 900 (appel non surtaxé)
- Lundi, mardi, jeudi, vendredi : 16h-18h
Association Enfine
- 📞 01 40 72 64 44
- Lundi et jeudi : 20h-22h
Fil Santé Jeunes (pour les jeunes)
- 📞 0800 235 236 (gratuit et anonyme)
Associations spécialisées diabète
Fédération Française des Diabétiques
- Ligne "Écoute Solidaire" gratuite
- Guide sur les TCA et diabète
AJD (Aide aux Jeunes Diabétiques)
- 📞 01 44 16 89 89
- Conseil des Jeunes Adultes (17-30 ans)
- ajd-diabete.fr
Programme spécialisé
ALIMENTAL - Programme DT1 et TCA
- 📧 affects.et.aliments@free.fr
- Ateliers combinant gestion du diabète et soutien TCA
Notre communauté : vous n'êtes pas seuls
Cet article a été rédigé grâce aux échanges précieux de notre communauté WhatsApp d'entraide. Chaque jour, des parents partagent leurs expériences, leurs inquiétudes et leurs solutions.
💬 "Ici vous pouvez en parler. C'est bien qu'il aille à l'hôpital, il sera pris en charge comme il se doit. Quelle difficulté la maladie à l'adolescence, c'est normal qu'il rejette, mais ça doit être une phase." - Clélia, membre de notre communauté
Sources et références :
- Conduites alimentaires : la diaboulimie de l'adolescente | Société Francophone du Diabète
- DT1 : les adolescents confrontés aux dangers de la diaboulimie | Medscape France
- Diabulimia: What It Is, Symptoms & Treatment | Cleveland Clinic
- Prevalence of Diabulimia in Adolescents | MDPI 2025
- Family-Based Treatment for Eating Disorders | Child Mind Institute
- Diabetes Eating Problem Survey – Revised | Inside Out Institute
💬 Vous êtes concerné(e) par cette situation ? N'hésitez pas à rejoindre notre communauté pour en parler.
